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L'évènement du siècle : la méthode
Vriz
S'il est extrêmement rare de faire un
scoop en matière de technique dans le domaine des métiers d'art, où
l'on a souvent tendance à croire que tout a déjà été inventé, c'est
pourtant le cas pour la nouvelle méthode de marqueterie que Georges
Vriz a élaborée.
Si l'on survole les deux millénaires
d'histoire de la marqueterie en Europe et si l'on essaie de mettre en
lumière les grands événements qui ont ponctué l'évolution de ses
techniques, il apparaît à l'évidence que. depuis 2 000 ans, tous les
professionnels de cette noble discipline l'ont perfectionnée en
pensant JUXTAPOSITION des éléments de placage : que ce soit dans la "tarsia
certosina" de l'Empire romain, la "tarsia geometrica" du XIVème siècle
en Toscane, et dont est issu le frisage, la marqueterie qui a
introduit au début du XVlème siècle des parties ombrées, la "tarsia a
toppo" du XVIème siècle qui a préludé à l'utilisation des filets
composés, la "tarsia a incastro" à Augsbourg au XVllème siècle qui a
donné naissance au "procédé Boulle",... toutes les pièces sont
JUXTAPOSÉES. Que ce soit au siècle de Louis XIV où, avec la "peinture
en bois" se fixent les techniques de la marqueterie qui a largement
contribué à la richesse du XVIIIème siècle, puis sous Louis XVI,
pendant le règne duquel apparaissent le chevalet de marqueterie, la
découpe élément par élément et le sciage conique, enfin au XIXème
siècle avec l'invention de la scie sauteuse à pédalier et avec le
perfectionnement du chevalet qui tous deux permettent désormais de
scier des paquets de placage avec une grande précision... là encore,
et jusqu'en 1985 tout est pensé et réalisé en JUXTAPOSITION.
La démarche de Georges Vriz, qui est
passé de la marqueterie classique pour l'ameublement au panneau non
figuratif, est plutôt celle d'un peintre et d'un coloriste.
Sans plonger dans des profondeurs
techniques insondables, la nouvelle méthode de Georges Vriz consiste à
réaliser une marqueterie en superposant non pas des couches de
placages mais plusieurs compositions. Georges Vriz utilise d'une
manière volontaire et totalement maîtrisée ce qui a toujours été la
grande hantise des grands "ponceurs" de l'histoire du bois,
c'est-à-dire "la perce". La composition de fond, plaquée sur le
panneau, en reçoit une seconde, qui après avoir été "percée" par
ponçage à des endroits bien définis, en recevra elle-même une
troisième et ainsi de suite.
Ainsi, on obtient tout un ensemble de
transparences, de couleurs fondues, sans que le bord matériau, le
joint, fasse un arrêt sensible à l'oeil.
La méthode Vriz par SUPERPOSITION peut
se conjuguer à la technique classique par JUXTAPOSITION, c'est
d'ailleurs le cas dans l'oeuvre présentée en couverture de ce numéro.
Tous les marqueteurs qui ont vu les panneaux conçus et réalisés selon
cette méthode sont enthousiastes. D'ores et déjà, et bien qu'elle
n'ait été révélée que très récemment, un sujet de diplôme de l'École
Boulle a été choisi dans cette nouvelle technique.
Le rédacteur en
chef
METIERS D'ART
N° 28 - MARS 1985
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