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Georges
VRIZ a choisi le bois non en sculpteur mais en peintre.
Il est de ces grands
artistes qui non seulement ouvrent des routes mais en appréhendent et
maîtrisent aussitôt les ressources.
Né avec ce bois entre
les mains et peintre dans l'âme, il a brisé les limites de la
marqueterie l'a arrachée à sa condition d'art décoratif, lui a donné
des ailes.
VRIZ manie ses
placages comme Titien maniait sa brosse, aussi libre, aussi virtuose.
Ce bois ne l'entrave
pas ; au contraire, il l'emporte. "Cette matière vivante,
lyrique,jamais semblable, portant son rythme, sa forme, imposant sa
place" plus que s'y plier il en joue. Très classiquement, la
contrainte sert l'élégance de son oeuvre et, tout à la fois, semble
vaincue.
Car cette
extraordinaire liberté où l'artiste a conduit la marqueterie confond
le spectateur, qui cherche, par ces fondus, ces transparences et ces
pâtes, le sage procédé des cartouches florentins. Il se peut qu'il le
trouve : VRIZ ne rejette pas, il enrichit. Et c'est précisément la
réunion des ces divers moyens que l'on découvre dans les tableaux de
l'exposition "Renaissances". Tarsia a topo, méthode Boulle,
procédé venu d'Allemagne, technique VRIZ a quoi s'ajoutent
aujourd'hui les rehauts de poudre de bois, toutes ces matières sont
ici combinées, et chaque tableau forme comme un raccourci de
l'histoires de la marqueterie.
Quel
universitaire a regardé l'évolution des arts plastiques sous l'angle
des matériaux employés ?
Cette étude
apporterait bien des lumières sur la peinture, la sculpture,
l'architecture, sur l'usage contemporain des matériaux hétéroclites
(serait-ce justement un signe de décadence ?) sur les fortunes
diverses qu'on connus les divers arts, sur la nuisance et l'imposition
de la hiérarchie Beaux-Arts - Arts Décoratifs - Arts Appliqués, sur la
création du rang d'artiste, nanti de privilèges, de domaines réservés
et de droits de chasse?
Le sort de la
marqueterie est celé au début du XVIe siècle, quand la
vogue de la perspective s'achève. Dans l'église de TODI, Antonio
Bencivenni et son fils Sebastiano, grands hommes de l'art, montrent
leur impuissance à traiter les figures. Leur technique les cantonnent
dans la géométrie ; elle cantonnera désormais la marqueterie dans
l'art figuratif.
Cette époque où
l'invention et l'ambition artistique de la marqueterie vont s'assagir
tandis que fleurit l'âge d'or italien, c'est à elle que VRIZ veut
revenir pour raviver le flambeau et réviser l'héritage.
Le choix est heureux :
c'est la renaissance.
Il
Aurait pu songer à Michel-Ange en contemplant les maladroites
reproductions des Bencivenni. Ce ne fut qu'une coïncidence. Le génial
florentin est pour lui depuis longtemps un phare : sa force, son
lyrisme, sa virtuosité, son rapport sensuel la matière lui sont
familiers, et c'est tout naturellement qu'il a puisé dans les fresques
de la Chapelle Sixtine la série de figures qui constitue son
exposition.
En renforçant ses
racines italiennes, VRIZ rejoint l'esprit de la Renaissance, ce bel
usage du savoir et des techniques, cette culture sans vanité ni
exclusion, ce regard généreux et limpide, cet humanisme.
Il y a bien peu de
périodes où furent rassemblés avec autant de bonheur, savoir, audace
et sincérité.
Savoir étendu : on
songe bien-sûr à Léonard de Vinci, mais aussi et encore à Michel-Ange
qui, riche de ses connaissances anatomiques, a donné au groupe de Dieu
dans les scènes de la création la forme d'un cerveau humain.
VRIZ a interprété
cette scène et mis en valeur la représentation d'un cerveau.
Audace de la touche et
de la couleur, recherche de l'impression : on songe cette fois aux
flous poétiques d'Andréa del Sarto ou aux épaisseurs posées par Titien
comme avec un couteau. VRIZ s'est servi à la fois des ses étonnants
fondus et de rugueux rehauts de pâte.
Sincérité enfin, car
les artistes de la Renaissance étaient trop imprégnés d'artisanat pour
s'inventer de mauvais desseins.
Et Georges VRIZ n'est
pas d'une autre trempe.
Aujourd'hui,
ce n'est plus de règle que les artistes soient des artisans, ni les
artisans des artistes. Le rapport entre l'artiste et le matériau est
corrompu ; et certains aboutissent à signer de la matière brute, ce
qui s'appelle un cul-de-sac. A l'héritage de la Renaissance, notre fin
de siècle à préféré celui de Marcel Duchamp et de ses "Ready Made". La
signature a fini par absorber l'œuvre d'art. Le rémora a mangé le
requin.
Une
œuvre d'art est d'abord originale : toute reproduction n'est qu'une
version bâtarde. On a quelque fois oublié cette distinction, en
accordant par exemple aux bronzes une place qu'on refusait a des
œuvres issues de l'art décoratif. VRIZ a balayé cette ambiguïté : ses
œuvres sont des tableaux de maître, uniques, et le bois qui les
composent y ajoute sa matière précieuse et le mystère de ses ondes.
Ce bois encore et
toujours, qui permet avec l'artiste bien des images : VRIZ a
secrètement poussé ses racines vénitiennes jusqu'à cinq cents ans en
arrière : et la sève qu'il en tire aujourd'hui porte les parfums frais
et splendides de la Renaissance.
Bruno BONTEMPELLI
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